Zoom sur les Acteurs

Le Centre de Référence de la Maladie de Willebrand (CRMW)

Focus on actors

Volume 8 - Numéro 3 - Juillet-Septembre 2026

Rev Francoph Hémost Thromb 2026 ; 8 (3) : 199-201

RÉSUMÉ

UN SIÈCLE DE DÉCOUVERTE, DEUX DÉCENNIES DE STRUCTURATION En 1926, Erik von Willebrand décrivait pour la première fois, chez les habitants de l’archipel des Åland, la maladie hémorragique héréditaire qui porte aujourd’hui son nom. Un siècle plus tard, c’est aussi un double anniversaire que nous célébrons : les 20 ans du Centre de Référence de la Maladie de Willebrand (CRMW), labellisé en 2006 à l’occasion du premier Plan National Maladies Rares. Le CRMW prolongeait alors le réseau INSERM coordonné par...

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UN SIÈCLE DE DÉCOUVERTE, DEUX DÉCENNIES DE STRUCTURATION
En 1926, Erik von Willebrand décrivait pour la première fois, chez les habitants de l’archipel des Åland, la maladie hémorragique héréditaire qui porte aujourd’hui son nom. Un siècle plus tard, c’est aussi un double anniversaire que nous célébrons : les 20 ans du Centre de Référence de la Maladie de Willebrand (CRMW), labellisé en 2006 à l’occasion du premier Plan National Maladies Rares.
Le CRMW prolongeait alors le réseau INSERM coordonné par le Professeur Dominique Meyer et le Docteur Claudine Mazurier, qui avait permis d’inclure 300 patients entre 1966 et 2003 et d’identifier une centaine de variations de séquence délétères. Initialement co-coordonné par Clamart et Lille (Pr Agnès Veyradier et Pr Jenny Goudemand), le centre a depuis évolué : intégration à la filière de santé maladies rares MHEMO lors du deuxième Plan National Maladies Rares, puis coordination par le Professeur Sophie Susen (CHU de Lille) depuis 2018. Trois sites constitutifs l’accompagnent aujourd’hui : Lariboisière (Pr Agnès Veyradier), Caen (Pr Yohann Repessé) et Nantes (Dr Marc Trossaërt) — autour d’un réseau de 32 centres de ressources et de compétences.
Cent ans après la description clinique initiale, l’évolution du CRMW illustre la transformation d’une maladie hémorragique en un modèle de médecine de précision, où le diagnostic, désormais intégré dans un parcours de soins décrit par des recommandations nationales (protocole national de diagnostic et de soins, PNDS), repose sur une confrontation systématique des données phénotypiques et génotypiques.

UNE COHORTE NATIONALE EN FORTE CROISSANCE
Les chiffres d’activité témoignent d’une dynamique soutenue. La base de données du CRMW comptabilise aujourd’hui 5 252 inclusions, dont 4 435 patients avec un diagnostic documenté de maladie de Willebrand (MW), dont 2 408 cas index. Le nombre de patients classés a presque doublé en 7 ans, passant de 2 265 en 2018 à 4 435 en 2025 ; celui des cas index classés a progressé de 670 en 2016 à 2 408 en 2025 (Figure 1).
Cette croissance s’accompagne d’une exigence de qualité des données rarement atteinte à cette échelle : 99,3 % des patients disposent d’un bilan biologique de base complet (antigène, activité, FVIII), 81,1 % d’un génotype, et 77 % d’une étude des multimères. Cette base s’appuie sur un partenariat étroit avec des laboratoires spécialisés — le Centre de Biologie-Pathologie du CHU de Lille pour le phénotypage, et les laboratoires de biologie médicale de Lille et de Nantes pour le génotypage. Tous ces laboratoires ont été labellisés laboratoire de référence pour le diagnostic et le suivi de la maladie de Willebrand.
À cette échelle, le travail de curation des variants constitue l’un des atouts majeurs du centre : 1 016 variants uniques du gène VWF y sont aujourd’hui répertoriés et classés selon les critères ACMG, dans une démarche de confrontation génotype/phénotype évolutive — chaque dossier pouvant faire l’objet d’une reclassification à mesure que de nouvelles données cliniques deviennent disponibles. Cette expertise diagnostique de référence trouve un écho complémentaire dans le registre de soins FranceCoag (3 871 patients atteints de MW au 31/12/2024), dont la vocation plus large — le suivi en vie réelle de l’ensemble des patients pris en charge — offre une photographie différente, à plus large échelle, de la population française.

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Figure 1 : Évolution de la base de données du CRMW depuis 2018, par type de maladie de Willebrand.
Figure 1: Changes in the CRMW database since 2018, by type of von Willebrand disease.

LE CRMW DEVIENT ENTREPÔT DE DONNÉES DE SANTÉ
Étape structurante franchie fin 2025 : la collection biologique et la base de données du CRMW sont désormais reconnues respectivement biobanque officielle et entrepôt de données de santé (EDS), avec déclaration de conformité au référentiel EDS le 12 décembre 2025. L’objectif est de rendre ces données accessibles à des travaux de recherche et à des études visant l’amélioration du système de santé et des services rendus aux patients, via un hébergeur de données de santé (HDS) et un accès sécurisé en « bulle ». La gouvernance de ce dispositif repose sur un conseil scientifique dédié, en lien avec la filière MHEMO, et associant l’ensemble des sites du CRMW, l’AFH, ainsi que des garanties méthodologiques et éthiques indépendantes. Ces dernières étapes, désormais finalisées, ouvrent la voie à de nouvelles collaborations scientifiques à partir de cette ressource unique.

PRODUIRE DES CONNAISSANCES, GUIDER LES PRATIQUES, S’OUVRIR À L’EUROPE
Depuis 2021, le CRMW a poursuivi un travail soutenu de production scientifique et normative, mêlant recommandations nationales et recherche clinique (Tableau 1). Trois PNDS ont été publiés par la Haute Autorité de santé (HAS), complétés par un consensus d’experts dédié aux SWA-IgG/IgM en cours de finalisation selon une méthodologie rigoureuse (PICO, consensus DELPHI). En parallèle, plusieurs études — publiées ou en cours — explorent des questions cliniques variées : pharmacocinétique du VWF en chirurgie ou sous assistance circulatoire, génotype/phénotype dans les formes rares, risque hémorragique sous antithrombotique, ou encore reclassification nosologique de certains variants. Le CRMW contribue par ailleurs au Zimmerman Project 2, en partenariat avec le Pr Di Paola (Washington University, USA), dans le cadre d’un programme de séquençage pangénomique des formes « low VWF ».
L’activité de recours se traduit par trois RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) nationales annuelles, complétées par des RCP urgentes organisées à la demande dans le cadre de la filière MHEMO, ainsi que par une participation active aux RCP nationales sur les hémorragies digestives. Une première RCP européenne a eu lieu en 2026 sous l’impulsion du CRMW. Le centre s’implique enfin dans des réflexions d’amont notamment le dépistage néonatal, dans le cadre du projet de dépistage PERIGENOMED.

Tableau 1 : Principales productions scientifiques, recommandations et projets de recherche du CRMW depuis 2021.
Table 1: Main Scientific Outputs, Clinical Practice Guidelines, and Research Projects of the CRMW Since 2021.

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AU-DELÀ DU DIAGNOSTIC : ACCOMPAGNER LES PATIENTS
L’engagement du CRMW dépasse le champ biomédical. Le programme d’éducation thérapeutique WILLEARNING, financé par appels à projets DGOS (2019-2020), propose aujourd’hui 21 ateliers clé en main — dossier ARS, outils de suivi, supports de communication — déployables dans l’ensemble des CRC-MHR. Le projet DevCAP-Willebrand (Tableau 1) documente quant à lui le vécu des parcours de santé et de travail des patients, dans une approche en sciences humaines et sociales.
Enfin, pour le centenaire de la découverte de la maladie, le CRMW et l’AFH ont coproduit une vidéo de sensibilisation diffusée le 1er février 2026 lors du Willebrand Awareness Day — un succès qui a dépassé le cadre national, l’EHA ayant sollicité son adaptation et sa diffusion (https://www.youtube.com/watch?v=G8DsRUxMGvY).

PERSPECTIVES
Cent ans après sa première description, la maladie de Willebrand n’a plus grand-chose d’une énigme clinique isolée : elle est devenue le terrain d’une recherche structurée, d’une médecine de précision et d’un accompagnement global du patient. Fort d’une cohorte nationale en croissance, d’une base désormais reconnue comme entrepôt de données de santé et d’un agenda de recherche dense, le CRMW aborde ses 20 prochaines années avec l’ambition de transformer cette richesse de données en bénéfices concrets pour les patients — en France comme, de plus en plus, à l’échelle européenne.