Edition spéciale ISTH 2026
Annual congress of International Society on Thrombosis and Haemostasis
Du 11 au 15 juillet 2026, Paris
Avec le soutien institutionnel
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D’après la communication orale de T. Münzel « Noise, air pollution, climate change, and cardiovascular disease » (PL02.1). Congrès ISTH 2026, 11-15 Juillet, Paris
Alexandre Guy, Bordeaux
Le Professeur Thomas Münzel a réalisé une communication en séance plénière sur l’impact du bruit, de la pollution et des changements climatiques dans la survenue des maladies cardiovasculaires. Il s’agit donc d’un sujet d’une actualité brûlante, et les évènements récents en sont le témoin. Sa présentation s’est articulée autour des trois principaux risques environnementaux auxquels nous sommes de plus en plus confrontés : la pollution aux particules fines, l’exposition au bruit et le réchauffement climatique.
Dans la première partie de son intervention, le Pr Münzel a rappelé que la pollution aux particules fines est responsable d’une surmortalité majeure au niveau mondial, avec environ 790 000 décès annuels, entraînant une diminution de l’espérance de vie de près de trois ans ! Les sources principales de cette pollution proviennent, bien entendu, des moteurs à combustion, mais également des feux de forêt. Ces particules fines sont classées en différents groupes en fonction de leur taille : < 10 µM, < 2,5 µM et les nanoparticules (< 0,1 µM). Sur le plan physiopathologique, les microparticules pénètrent dans l'organisme et atteignent différents organes : le cerveau, les poumons et bien sûr aussi le système vasculaire. Une fois disséminées dans la circulation sanguine, elles sont en mesure d’activer diverses voies pro-inflammatoires, conduisant notamment à une dysfonction endothéliale et à une activation plaquettaire. L'ensemble de ces mécanismes concourt à la survenue d'événements cardiovasculaires majeurs (accidents vasculaires cérébraux, infarctus du myocarde) et d’une mortalité accrue. De manière intéressante, le lien avec l'exposition aux particules fines est dose-dépendant. Aux États-Unis, la limite est fixée à 12 µg/m³ ; au-delà de cette concentration, le risque cardiovasculaire augmente significativement. Par ailleurs, plusieurs études ont démontré qu'une exposition aiguë (comme les pics de pollution dans les grandes métropoles) ou liée à la proximité du trafic routier, peut entraîner la rupture de plaques d'athérome et déclencher un syndrome coronarien aigu. Enfin, il a été souligné un paradoxe réglementaire : alors que l'OMS recommande une limite maximale de 5 µg/m3, l'Europe tolère actuellement un seuil allant jusqu'à 25 µg/m3, soit cinq fois la norme sanitaire recommandée (avec un objectif de 10 µg/m3 en 2030). La seconde partie de la présentation a porté sur l'effet du bruit ambiant, qui s'avère être un facteur de risque cardiovasculaire largement sous-estimé (trafic routier, trafic aéroportuaire). Les mécanismes sous-jacents impliquent une activation du système nerveux sympathique et du système limbique (axe hypothalamique), générant un stress et une augmentation de la sécrétion de cortisol, ce qui conduit in fine à une dysfonction endothéliale. Fait marquant, des études menées chez des volontaires sains ont démontré que l'exposition au bruit pendant le sommeil entraîne très rapidement une altération du métabolisme oxydatif et une diminution de la vasodilatation. Ces résultats ont par la suite été reproduits dans des modèles murins, où l'exposition au bruit a provoqué une dysfonction endothéliale médiée par des cellules inflammatoires (Figure).
Figure : Pollution sonore : d’un stress environnemental à la survenue d’une atteinte cardio-vasculaire
Enfin, le Pr Münzel nous a rappelé que le réchauffement climatique impactait directement la mortalité cardiovasculaire. Ainsi, les épisodes de canicule favorisent le déséquilibre des pathologies préexistantes et la survenue d’événements aigus (accidents ischémiques, AVC, épisodes d’insuffisance cardiaque).
Bien que le bilan de cette présentation soit anxiogène, elle constitue un rappel important du fait que nous sommes exposés de manière simultanée à de multiples facteurs de risque, dont les effets se combinent, altèrent notre santé cardiovasculaire et sont le plus souvent sous-estimés. À l’échelle individuelle, nos moyens de prévention pour faire face à ces expositions sont limités. La solution repose donc avant tout sur des politiques publiques volontaristes associant végétalisation, limitation du trafic routier, limitation des énergies fossiles. Cela implique notamment une refonte des mobilités urbaines, à l’image des villes de Barcelone ou de Séoul, citées en exemple pour leurs initiatives de restriction de la circulation automobile en centre-ville et d’aménagement massif d’espaces verts.
Le Président Jacques Chirac disait : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». A la fin de cette présentation, il convient plus que jamais d’affirmer encore et encore que notre monde est en surchauffe et que nous continuons de regarder ailleurs !
Attention : ceci est un compte-rendu et/ou résumé des communications de congrès dont l’objectif est de fournir des informations sur l’état actuel de la recherche ; ainsi, les données présentées sont susceptibles de ne pas être validées par les autorités françaises et ne doivent donc pas être mises en pratique.
Ce compte-rendu a été réalisé sous la seule responsabilité du coordinateur, des auteurs et du directeur de la publication qui sont garants de l’objectivité de cette publication.


