RÉSUMÉ
L’arrivée des facteurs anti-hémophiliques à demi-vie prolongée constitue une avancée majeure dans la prise en charge de l'hémophilie A, mais a également complexifié leur suivi biologique. Les modifications structurales de ces médicaments induisent des variabilités significatives dans les dosages d’activité des facteurs VIII (FVIII:C), selon la méthode (chromogénique ou chronométrique) et les réactifs utilisés. Le groupe de Biologie des maladies hémorragiques (BIMHO) de la Société française de thrombose et hémostase (SFTH) avait publié en 2020 des propositions pour la surveillance biologique de ces traitements. Ce travail constitue une actualisation de ces recommandations s’appuyant sur une revue systématique de la littérature et des communications de congrès. Des propositions ont été élaborées par un groupe d’experts, puis soumises au vote des membres du groupe BIMHO, avec une adoption si l’adhésion dépassait 75 %. Les experts recommandent, pour chaque molécule, une méthode de dosage et des réactifs spécifiques, en fonction des données disponibles et des critères d’acceptabilité (écart ≤ 20 % pour les taux ≥ 10 UI/dL, ≤ 30 % pour les taux < 10 UI/dL). Ces recommandations visent à harmoniser les pratiques de laboratoire et à optimiser le suivi thérapeutique des patients hémophiles, en limitant les risques de sur- ou sous-dosage. Elles soulignent l’importance d’une collaboration étroite entre biologistes et cliniciens.MOTS CLÉS
dosage chromogénique, dosage chronométrique, hémophilie, thérapie substitutive
ABSTRACT
The introduction of antihemophilic factors with extended half-lives marked a major advance in the management of hemophilia A, however, it has also made biological monitoring more difficult. Structural changes in these medications lead to significant variability in factor VIII (FVIII: C) activity assays, depending on the method (chromogenic or chronometric) and the reagents used. The Biology of Hemorrhagic Diseases (BIMHO) group of the French Society of Thrombosis and Hemostasis (SFTH) published proposals in 2020 for the biological monitoring of these treatments. This work constitutes an update of those recommendations based on a systematic review of the literature. Proposals were developed by a group of experts and then put to a vote by the members of the BIMHO group, with adoption requiring support exceeding 75%. For each molecule, the experts recommend a specific assay method and reagents, based on available data and acceptability criteria (variation of ≤ 20% for levels of ≥ 10 IU/dL, and ≤ 30% for levels of < 10 IU/dL). These recommendations aim to harmonize laboratory practices and optimize therapeutic monitoring of patients with hemophilia, by limiting the risk of over- or under-dosage. They emphasize the importance of close collaboration between laboratory scientists and clinicians.
KEYWORDS
chromogenic assay, hemophilia, one stage clotting assay, substitutive therapy
Introduction
La mise à disposition de nouveaux facteurs anti-hémophiliques à demi-vie prolongée constitue une avancée pour la prise en charge des patients hémophiles A, mais représente un véritable défi pour les laboratoires de biologie médicale. Les modifications structurales de ces médicaments induisent des variabilités significatives dans les dosages d’activité du facteur VIII (FVIII:C), selon la méthode (chromogénique ou chronométrique) et les réactifs employés. En 2020, le groupe de travail BIMHO (Biologie des Maladies HémOrragiques) de la Société française de thrombose et d’hémostase et de la filière des maladies de l’hémostase (MHEMO) avait publié des propositions pour la surveillance biologique des patients sous traitements substitutifs (1). Depuis, des données supplémentaires sont apparues concernant des produits déjà commercialisés, de nouvelles molécules à demi-vie ultra-prolongée ou des traitements non substitutifs pouvant être associés, rendant nécessaire l’actualisation des propositions, tant pour le choix des méthodes que pour l’interprétation des résultats.
MÉTHODOLOGIE UTILISÉE LORS DE LA RÉDACTION DES PROPOSITIONS
Ce texte s’appuie sur une recherche bibliographique systématique menée sur PubMed, incluant exclusivement les publications présentant une méthodologie détaillée, notamment en ce qui concerne les types de réactifs utilisés et les critères d’acceptation des résultats. Les études publiées entre 1993 et le 31 décembre 2025 dans des revues anglophones ou francophones ont été retenues, ainsi que les communications orales ou affichées présentées lors de congrès entre 2023 et 2025.
Chaque article a fait l’objet d’une lecture critique, avec une attention particulière portée aux taux de FVIII:C mesurés et aux biais observés par rapport aux valeurs cibles. Pour les taux ≥ 10 UI/dL (unités internationales par décilitre), une différence ≤ 20 % par rapport à la valeur cible était jugée acceptable, tandis que pour les taux < 10 UI/dL, le seuil d’acceptabilité a été fixé ≤ 30 %.
Dans certaines situations mentionnées dans le texte, les experts n’ont pas validé certaines méthodes en raison de données contradictoires entre les publications, ou de données insuffisantes. Pour certains réactifs, les auteurs suggèrent une validation préalable par comparaison avec une méthode de référence. Cette comparaison pouvant être réalisée en interne ou après externalisation des échantillons vers un laboratoire utilisant une méthode validée.
Les différents chapitres et propositions de ce texte ont été élaborés par un groupe de travail constitué de membres du groupe BIMHO. Les propositions ont ensuite été soumises au vote de l’ensemble des membres du BIMHO, et nous avons reçu 35 réponses, soit une participation de plus de 80 %. Le questionnaire proposait cinq réponses possibles : « totalement d’accord », « plutôt d’accord », « plutôt pas d’accord », « en désaccord », et « ne se prononce pas », cette dernière option étant considérée comme un vote blanc. Une proposition était retenue si elle obtenait l’adhésion, définie comme la somme des réponses « totalement d’accord » et « plutôt d’accord », de plus de 75 % des votants. En l’absence d’accord, les propositions devaient être révisées et soumises à nouveau au vote, mais ce cas de figure ne s’est pas présenté. Aucune proposition n’a nécessité de révision à la suite d’un désaccord, mais les commentaires recueillis ont permis de clarifier certaines formulations.
DOSAGE DES FACTEURS VIII
Facteurs VIII plasmatiques
Proposition pour la surveillance biologique d’un patient traité par FVIII plasmatique
Concernant la surveillance biologique des patients hémophiles A traités par FVIII plasmatique, les experts suggèrent d’utiliser une méthode chromogénique ou chronométrique, calibrée avec un standard raccordé à l’étalon international OMS.
Argumentaire
Les différentes molécules
En France, deux facteurs VIII d’origine plasmatique sont actuellement disponibles pour le traitement des épisodes hémorragiques et la prophylaxie des patients hémophiles A : le Factane et l’Octanate (Tableau 1). Ces molécules contiennent de faibles concentrations de facteur Willebrand humain. En Europe, l’activité en unités internationales (UI) du facteur VIII contenu dans les différents concentrés est déterminée par méthode chromogénique par rapport à un étalon de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), conformément aux recommandations de la Pharmacopée européenne (2).
Les fournisseurs ne recommandent aucune méthode spécifique (chromogénique ou chronométrique) pour la surveillance biologique des patients traités par FVIII plasmatique. La méthode chronométrique reste la plus largement utilisée en pratique. Cependant, les performances analytiques des réactifs de temps de céphaline avec activateur (TCA) disponibles sur le marché français ne sont pas équivalentes pour le dosage du FVIII:C (3). Depuis 2013 et l’étude d’Hubbard et al. montrant qu’il existe un biais inférieur à 10 % entre les méthodes chronométriques et chromogéniques (4), il n’y a pas eu de nouvelles publications concernant la surveillance biologique des patients traités par FVIII plasmatique.
Tableau 1 : Facteur VIII plasmatique.
Table 1: Plasma Factor VIII.

Facteurs VIII recombinants (hors demi-vie prolongée)
Propositions pour la surveillance biologique des patients traités par FVIII recombinants à demi-vie normale
Les experts suggèrent d’utiliser une méthode chromogénique calibrée avec un standard raccordé à l’étalon international OMS.
Il est acceptable d’utiliser la méthode chronométrique :
– pour Advate, Kovaltry et Novoeight ;
– pour le ReFacto AF uniquement avec un calibrant spécifique ;
– pour Nuwiq uniquement avec les réactifs Actin FS et STA-CK Prest.
Argumentaire
Les différentes molécules
Les molécules sont listées dans le tableau 2. Conformément aux recommandations de la Pharmacopée européenne, tous les concentrés de FVIII recombinants (rFVIII) à demi-vie non prolongée sont titrés par méthode chromogénique (2). De nombreuses discordances ont été rapportées entre les résultats obtenus par méthode chronométrique et chromogénique chez les patients recevant des FVIII recombinants. Classiquement, les taux de FVIII:C obtenus par méthode chronométrique lors de traitement par rFVIII sont inférieurs de 20 à 50 % à ceux mesurés par méthode chromogénique (3,5). Ces discordances fluctuent en fonction du réactif utilisé dans la méthode chronométrique (activateur, nature et concentration en phospholipides), de la concentration de rFVIII et du type de rFVIII mesuré. La structure moléculaire des rFVIII (présence ou non du domaine B) ainsi que les modifications post-traductionnelles propres à chaque lignée cellulaire pourraient influencer les mesures d’activité. Le Medical and Scientific Advisory Council (MASAC) (6), la National Hemophilia Foundation (NHF) (7), l’European Medicines Agency (EMA), et la Pharmacopée européenne préconisent l’utilisation d’une méthode chromogénique pour déterminer la concentration plasmatique de FVIII chez les patients traités par des concentrés anti-hémophiliques recombinants.
Tableau 2 : Facteur VIII recombinant (hors demi-vie prolongée).
Table 2: Recombinant Factor VIII (excluding extended half-life formulations).

Advate (octocog alfa)
Une étude menée par le United Kingdom National External Quality Assessment Service (UK NEQAS) a montré que les taux de FVIII:C d’échantillons supplémentés in vitro en Advate ou de plasmas de patients traités par ce produit (taux cibles entre 45 et 60 UI/dL) étaient plus bas par méthode chronométrique (différences de 7 à 13 % en moyenne). Les auteurs ont conclu que les deux méthodes (chronométrique et chromogénique) restaient acceptables pour la surveillance biologique des patients substitués par Advate (8).
Dans l‘étude de Suzuki et al., les taux de FVIII:C de plasmas supplémentés in vitro en Advate à 80 UI/dL, 20 UI/dL et 5 UI/dL n’étaient pas significativement différents entre les différentes combinaisons de réactifs dans la méthode chronométrique réalisée avec quatre réactifs de TCA et trois réactifs de plasmas déficients en FVIII différents, quel que soit le taux de FVIII:C. Le coefficient de variation (CV) maximum observé pour les différentes méthodes chronométriques était de 11 % pour le dosage de l’Advate (9). Par ailleurs, les recommandations anglaises proposent l’utilisation indifférenciée des méthodes chronométriques ou chromogéniques pour la surveillance biologique des patients hémophiles A congénitaux sous traitement substitutif par FVIII recombinants pleine longueur. Ces deux études sont concordantes avec les données de la littérature précédemment citées dans les recommandations de 2020 (1).
Kovaltry (octogog alfa)
L’étude multicentrique de Kitchen et al., réalisée avec des plasmas supplémentés in vitro en FVIII, a rapporté des ratios moyens FVIII:C chromogénique/FVIII:C chronométrique compris entre 1,04 et 1,14 (10). Les essais Léopold I et II, dédiés à l’évaluation de l’efficacité et de la sécurité du Kovaltry, ont par ailleurs validé ces résultats (11).
Dans l’étude de Suzuki, les auteurs n’ont observé aucune différence significative entre les différentes combinaisons de réactifs dans la méthode chronométrique et ce, quelle que soit la concentration en FVIII, pour les plasmas supplémentés in vitro en Kovaltry (différence < 10 %) (9).
Conformément aux dernières recommandations du groupe BIMHO (1), les taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique chez les patients traités par Kovaltry ne présentent aucune différence significative avec ceux obtenus par méthode chromogénique.
Novoeight (turoctocog alfa)
En 2011, une étude internationale multicentrique menée dans 36 centres montrait que, sur des échantillons de plasma déficient supplémenté in vitro avec 4 concentrations différentes de Novoeight (3 – 20 – 60 et 90 UI/dL), les ratios FVIII:C chromogénique/FVIII:C chronométrique variaient de 0,68 à 1,30 avec, par méthode chronométrique, une surestimation supérieure de 30 % du taux de FVIII:C dans la valeur basse la plus basse (3 UI/dL). Une surestimation inférieure ou égale à 20 % dans toutes les valeurs élevées était observée par méthode chromogénique (12). Les auteurs ont conclu qu’il était possible d’utiliser le dosage chronométrique ou chromogénique pour la surveillance biologique du Novoeight. Cependant, une surestimation de plus de 30 % dans les valeurs basses ne permet pas, selon nos critères, de recommander le dosage chronométrique pour ces concentrations.
En 2020, une étude évaluant le Coatest SP FVIII et le PTT automate a mis en évidence un biais de 42 % entre ces deux réactifs après comparaison des différences de FVIII pré-post injection (n = 5). Ainsi, un résultat plus élevé a été obtenu par méthode chromogénique (13) (Coatest SP FVIII, Chromogenix) pour les dosages de FVIII:C réalisés en post-infusion (5 échantillons). L’étude de Pickering et al. a évalué différentes trousses chromogéniques (Coamatic FVIII, Coatest SP FVIII, Biophen FVIII, FVIII Chromogenic) en utilisant des plasmas d’HA sévères supplémentés in vitro avec 3 concentrations de Novoeight (20 – 60 et 90 UI/dL) (14). Deux calibrants différents (WHO 8th SI et Standard Human Plasma (SHP) Siemens) ont également été évalués. Quelle que soit la trousse chromogénique utilisée, les valeurs les plus proches des valeurs cibles étaient mesurées lorsque le calibrant WHO 8th était utilisé. Avec ce calibrant, les différences relatives observées étaient inférieures ou égales à 20 % pour les trois concentrations.
Nuwiq (simoctocog alfa)
Une étude de phase III réalisée par Klukowska et al. a comparé les paramètres pharmacocinétiques de Nuwiq dans une cohorte pédiatrique en utilisant les deux méthodes de dosage (chronométrique et chromogénique), mais les réactifs utilisés ne sont pas mentionnés (15). L’analyse montre une différence de 15 % avec une valeur plus élevée par méthode chromogénique pour des taux de 50 à 90 UI/dL. Lissitchkov et al. ont également mis en évidence, au sein d’une cohorte adulte, des résultats plus élevés par méthode chromogénique pour des taux de FVIII:C ≥ 80 UI/dL (16). Cette différence n’était pas observée pour des taux compris entre 10 et 40 UI/dL. La « field study » publiée en 2019 a évalué différents réactifs de TCA par méthodes chronométriques (Actin FS, STA-CK Prest, Pathromtin SL, SynthASil) et différentes trousses chromogéniques (Biophen FVIII, Coamatic FVIII, Factor VIII chromogenic assay) à l’aide d’échantillons supplémentés in vitro à des concentrations de 1 – 5 – 30 et 100 UI/dL (17). L’Actin FS, le STA-CK Prest, ainsi que l’ensemble des trousses chromogéniques étaient acceptables pour tous les échantillons à l’exception de celui avec une valeur cible de 1 UI/dL. Les résultats étaient présentés de façon combinée pour les réactifs Pathromtin SL et SynthASil, ce qui ne permet pas de se prononcer sur leur acceptabilité. L’Actin FS et deux réactifs chromogéniques (Coatest SP, FVIII chromogenic assay) ont également été étudiés par Augustsson et al. en 2021, à l’aide de plasma immunodéficient en FVIII supplémenté in vitro en Nuwiq à des concentrations cibles de 5- 20 – 50 et 80 UI/dL (13). Tous ces réactifs ont permis d’obtenir des résultats acceptables pour les valeurs cibles de 50 et 80 UI/dL. Cependant, la présentation des résultats manque de précision sur le reste du domaine de mesure pour être évalués selon nos critères de jugement. Une étude ayant évalué le réactif STA-PTT Automate a mis en évidence un biais de 41 % entre la méthode chromogénique et chronométrique pour les dosages de FVIII:C réalisés en post-infusion (n = 5) (18). Les données sont insuffisantes pour conclure sur l’acceptabilité de ce réactif.
ReFacto AF (moroctocog alfa)
Des discordances ont rapidement été observées entre les méthodes chronométriques et chromogéniques lors de la commercialisation du ReFacto AF, tout comme avec son prédécesseur le ReFacto. Ainsi, une sous-estimation des taux de FVIII:C de l’ordre de 30 à 50 % a été observée avec la méthode chronométrique par rapport à la méthode chromogénique (5,19). L’activité du FVIII:C mesurée par méthode chromogénique est bien corrélée au taux antigénique de FVIII:Ag chez les patients HA sévères traités.
En 2011, une étude réalisée à l’aide de déficients en FVIII supplémentés in vitro en ReFacto AF a montré une sous-estimation des taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique avec un biais de -31 % comparés aux résultats obtenus avec la trousse chromogénique Biophen FVIII (20). Dans une seconde étude, réalisée sur des échantillons de patients traités, une sous-estimation des taux de FVIII:C par méthode chronométrique a également été mise en évidence (biais moyen de l’ordre de -22,3 %) (21). Les biais diminuaient à -12,0 % et -8,4 % lorsque la méthode chronométrique était calibrée à l’aide d’un standard ReFacto AF (20). La présentation des résultats combinant l’ensemble des réactifs de TCA (STA-CK Prest, APTT-SP, SynthASil, TriniCLOT APTT HS) ne permet pas de se prononcer sur les performances individuelles de chacun. D’autres travaux ont également validé l’utilisation d’un standard ReFacto AF pour calibrer la méthode chronométrique dans le but de diminuer les discordances (10,22). L’étude de Kitchen et al. en 2016, réalisée sur un contrôle externe de qualité, a montré une sous-estimation de 30 % par la méthode chronométrique avec l’Actin FS comparée à la méthode chromogénique (10). Cette différence disparaissait avec l’utilisation d’un standard ReFacto AF. En 2018, une étude publiée par Jacquemin et al. a néanmoins mis en évidence, chez deux patients hémophiles A sévères traités sur cinq patients étudiés, une sous-estimation persistante des taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique, malgré l’utilisation d’une calibration spécifique, lors de dosages répétés dans le cadre d’une surveillance de traitement dans un contexte chirurgical (23).
Facteurs VIII recombinants à demi-vie prolongée ou très prolongée
Les différentes molécules
Les stratégies utilisées pour mettre au point des FVIII recombinants à demi-vie prolongée ou EHL reposent sur le développement de protéines de fusion (fragment d’immunoglobuline) ou sur la modification chimique du FVIII (couplage de polymères de type polyéthylène glycol).
Un rFVIII délété avec une chaîne unique a également été développé (Tableau 3).
On distingue ainsi :
• Une molécule issue de la fusion d’un rFVIII tronqué d’une partie du domaine B (rBDD-FVIII) et d’un dimère du domaine Fc d’IgG1 humaine : Elocta/Eloctate ;
• Des molécules issues du couplage du polyéthylène glycol (PEG) au rFVIII : rFVIII-PEG. Cette réaction entraîne une grande diversité de rFVIII-PEG en raison de la variabilité de la longueur des chaînes PEG branchées (5 à 60 kDa) et de leur nombre. Il est à noter qu’aucun rFVIII pégylé n’est commercialisé en France à ce jour ;
• Un rFVIII à chaîne unique dans lequel ont été supprimés la plus grande partie du domaine B et 4 acides aminés du domaine A3 acide adjacent présents dans le facteur VIII de type sauvage complet : Afstyla, qui a une meilleure affinité pour le facteur Willebrand (VWF) qu’un rFVIII à chaîne complète ;
• Une protéine de fusion complexe, associant une molécule d’efmoroctocog alfa, des domaines XTEN et un fragment D’-D3 du facteur Willebrand : Altuvoct ou Altuviiio, qui est le premier représentant du groupe des Ultralong Half Life FVIII (UHL FVIII).
Conformément aux recommandations de la Pharmacopée européenne, les FVIII recombinants à demi-vie prolongée sont titrés par méthode chromogénique, à l’exception d’Altuvoct, titré par méthode chronométrique (Actin FSL).
Tableau 3 : Facteur VIII recombinant à demi-vie prolongée et ultra-prolongée.
Table 3: Recombinant Factor VIII with extended and ultra-extended half-lives.

Elocta/Eloctate (efmoroctocog alfa)
Propositions pour la surveillance biologique d’un patient traité par Elocta (Tableau 4)
Les experts suggèrent d’utiliser une méthode chromogénique, ,calibrée avec un standard raccordé à l’étalon international OMS.
Il est acceptable d’utiliser une méthode chronométrique après vérification que les réactifs utilisés n’entraînent pas de sous-estimation significative par rapport à la méthode chromogénique.
Argumentaire
Parmi les études in vitro, l’étude multicentrique de Sommer et al. a montré qu’Elocta peut être dosé de façon fiable par méthode chromogénique ou chronométrique sans besoin de standard spécifique (24). La méthode chronométrique présentait une bonne précision, mais tendait à surestimer légèrement les taux bas (< 5 UI/dL), tandis que la méthode chromogénique donnait des résultats parfois un peu plus élevés (≈+ 20 %). Ces différences semblaient acceptables. Toutefois, les résultats n’étaient pas présentés en fonction des réactifs utilisés. Par ailleurs, plusieurs études monocentriques ont également comparé les deux méthodes de dosages et ont montré la conformité de certains réactifs utilisés pour le dosage chronométrique. Les résultats de ces études retrouvaient une bonne corrélation entre les méthodes, et montraient que les taux obtenus avec la méthode chronométrique étaient inférieurs à ceux obtenus par méthode chromogénique (9,25-27). En fonction des critères d’acceptabilité et des taux de FVIII:C mesurés, certains réactifs de TCA pouvaient cependant être jugés non conformes par les auteurs, mais les résultats étaient hétérogènes d’une étude à l’autre. Les études sont difficilement comparables en raison des méthodologies différentes, mais elles soulignent que le dosage chronométrique du FVIII:C n’est pas équivalent pour tous les concentrés de FVIII et peut dépendre de l’automate et/ou du réactif utilisés. Les auteurs de ces études préconisent donc que les laboratoires valident la méthode chronométrique pour chaque EHL-FVIII y compris l’Elocta avant de l’utiliser.
D’autres études ont été réalisées sur des échantillons de patients traités par Elocta. Dans les études cliniques internationales, les dosages ont été centralisés et réalisés par méthode chronométrique avec l’Actin FSL et par méthode chromogénique (28). La première étude multi- centrique de phase I/IIa réalisée chez 16 patients ayant reçu de l’Elocta ou de l’Advate a montré une excellente corrélation entre les deux méthodes de dosage du FVIII:C quel que soit le médicament (Pearson R2 : 0,94-0,95).
Cependant, des taux plus élevés ont été obtenus par méthode chromogénique avec un biais de 21 % pour l’Advate et de 32 % pour l’Elocta, cet effet étant plus marqué pour des concentrations supérieures à 50 UI/dL.
L’étude multicentrique de Kitchen et al. en 2019 a comparé les résultats de 53 centres qui mesuraient le FVIII:C dans des échantillons supplémentés in vitro en Advate ou Elocta et des échantillons recueillis chez des patients traités (8). Les résultats montrent que la méthode chronométrique sous-estime de 22 % les taux de FVIII:C pour les échantillons provenant de patients traités par Elocta et de 13 % pour les échantillons de patients traités par Advate. Dans l’étude de Pouplard et al., les données pharmacocinétiques de 114 patients hémophiles A sévères traités par Elocta montrent que les taux mesurés avec le dosage chromogénique du FVIII:C (réactif Biophen FVIII, Hyphen et Technochrom FVIII:C, Technoclone) et le dosage chronométrique avec les réactifs de TCA STA-CK Prest (n = 337), SynthASil (n = 9), et TriniCLOT aPTT HS (n = 41) sont fortement corrélées (29). Les taux obtenus avec la méthode chromogénique étaient cependant systématiquement plus élevés, avec une différence moyenne de 2 UI/dL pour les concentrations inférieures à 20 UI/dL et de 20 UI/dL pour les concentrations supérieures à 100 UI/dL (29).
L’étude française monocentrique de Perrier-Cornet et al. a confirmé la bonne corrélation entre les dosages chronométriques et chromogéniques réalisés sur des échantillons de 68 patients traités. Les taux de FVIII:C obtenus par méthode chromogénique étaient en moyenne de 9 % supérieurs aux taux obtenus par méthode chronométrique, avec un écart relatif diminuant pour les concentrations supérieures à 30 UI/dL. Ces différences étaient jugées par les auteurs sans impact clinique majeur (30).
En 2024, l’étude monocentrique de Désage et al., réalisée en contexte chirurgical, a comparé les résultats des deux méthodes de dosages chez 70 patients adultes hémophiles A traités par Elocta (31). Le dosage chronométrique était réalisé avec le réactif SynthASil et le dosage chromogénique avec le Coamatic FVIII. La médiane des taux de récupération et les taux résiduels lors des chirurgies étaient significativement plus élevés avec la méthode chromogénique. Les auteurs concluent que l’adaptation des posologies basée sur les résultats du FVIII:C chromogénique a permis une réduction significative de la consommation d’Elocta, sans augmentation du saignement ni apparition d’inhibiteur. Ce protocole a donc généré des économies substantielles compte tenu du coût élevé du traitement.
En conclusion, l’ensemble des données de la littérature montrent une bonne corrélation entre les deux méthodes de mesure du FVIII:C sous Elocta. Sur l’ensemble des études, les résultats obtenus avec la technique chronométrique sont le plus souvent inférieurs à ceux obtenus avec la méthode chromogénique sans toutefois qu’un impact clinique significatif soit démontré. En fonction des études et donc des critères d’acceptabilité, des réactifs utilisés pour la technique chronométrique peuvent être jugés non acceptables sans toutefois de consensus entre les études. Les recommandations internationales de la World Federation of Hemophilia (WFH) (32) et anglaises (33) préconisent indifféremment la méthode chromogénique ou chronométrique pour la surveillance biologique des patients traités par Elocta.
Adynovi/Adynovate (rurioctocog alfa pegol)
Propositions pour la surveillance biologique d’un patient traité par Adynovi (Tableau 4)
Les experts suggèrent d’utiliser une méthode chromogénique, calibrée avec un standard raccordé à l’étalon international OMS.
Il est acceptable d’utiliser une méthode chronométrique avec le réactif SynthASil.
Il est acceptable d’utiliser une méthode chronométrique avec les autres réactifs, après comparaison avec une méthode chromogénique validée.
Argumentaire
La field study de Turecek et al. a comparé les taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique et chromogénique sur des plasmas déficients supplémentés in vitro avec trois concentrations d’Adynovi (20-50 et 80 UI/dL) (34). Trente-cinq laboratoires ont participé à ce travail et différents réactifs de TCA ont été évalués : silice (APTT-SP, SynthASil, IL APTT SS, STA APTT, STA PTTa, TriniCLOT APTT S), kaolin (STA-CK Prest, réactif maison), acide ellagique (Actin FS et Actin FSL) et polyphénol (STA-Cephascreen), ainsi que 4 trousses chromogéniques (Siemens Chromogenic FVIII, Berichrom FVIII (Siemens), Coamatic Factor VIII, Electrachrome FVIII). Selon les auteurs, les taux de FVIII:C obtenus sont proches des valeurs cibles quelle que soit la méthode utilisée. Cependant, d’autres études ont révélé des divergences notables dans la précision des différentes méthodes de dosage. Dans la field study suisse menée par Bulla et al., seule une calibration spécifique a permis d’obtenir des résultats acceptables (35). Les méthodes chronométriques et chromogéniques réalisées avec une calibration standard surestimaient les résultats par rapport aux valeurs cibles sur toute la gamme avec un biais croissant avec la concentration du FVIII. Devant ces résultats contradictoires, les experts anglais ne se prononcent pas et recommandent aux laboratoires de valider localement leur méthode chromogénique ou chronométrique (33). Dans l’étude multicentrique de Ternisien et al., les auteurs ont comparé les taux de FVIII:C mesurés par méthode chromogénique et chronométrique sur des plasmas supplémentés in vitro avec 5 concentrations d’Adynovi (2.5, 5, 25, 50 et 100 UI/dL) (36). Les résultats obtenus par méthode chronométrique (STA-CK Prest, SynthASil, TriniCLOT APTT HS, SynthAFax, Actin FS) étaient compris entre 74 % et 112 % de la valeur cible et jugés acceptables. Les taux de FVIII:C obtenus par méthode chromogénique avec le réactif Biophen étaient également proches des valeurs cibles (106 % à 120 %), en utilisant une courbe de calibration standard. Dans une étude monocentrique, Müller et al. ont observé une sous-estimation significative des taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique sur tout le domaine de mesure de plasmas supplémentés in vitro en Adynovi, avec les réactifs Actin FS, Actin FSL et Pathromtin SL (25). En revanche, les résultats obtenus avec la méthode chromogénique et le réactif FVIII chromogenic étaient proches des valeurs cibles sur l’ensemble du domaine de mesure. Dans une étude évaluant le réactif acide ellagique, Ketteler et al. montraient des résultats acceptables par rapport aux valeurs cibles avec ce réactif, à l’exception des plasmas supplémentés à 1 UI/dL, pour lesquels un biais supérieur de 40 % était constaté (27). Cette surestimation était également observée pour le plasma supplémenté à 1 UI/dL en Advate avec le même réactif, et un problème de calibration dans les valeurs basses pourrait être suspecté. La méthode chromogénique (Technochrom) donne des résultats acceptables pour les plasmas supplémentés à 1 et 5 UI/dL mais tend à surestimer les taux de FVIII:C pour les plasmas supplémentés in vitro en Adynovi à des concentrations supérieures à 10 UI/dL. Dans une étude plus récente menée par Lancellotti et al., les taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique étaient acceptables avec le réactif SynthASil, mais le SynthAFax sous-estimait les valeurs sur tout le domaine de mesure (26). Concernant la méthode chromogénique, les résultats obtenus avec le réactif Coamatic étaient proches des valeurs cibles, tandis que ceux obtenus avec le Trinichrom étaient surestimés pour les taux inférieurs à 2,5 UI/dL. En conclusion, il existe des discordances entre les études concernant les réactifs utilisés pour le dosage chronométrique. Les réactifs à base d’acide ellagique semblent sous-estimer le taux de FVIII:C de plasmas supplémentés avec Adynovi. Les recommandations internationales (WFH) (32) et anglaises (33) préconisent la méthode chromogénique ou une méthode chronométrique validée localement pour la surveillance des patients traités par
Adynovi.
Esperoct (turoctocog alfa pegol)
Propositions pour la surveillance biologique d’un patient traité par Esperoct (Tableau 4)
Les experts suggèrent d’utiliser une méthode chromogénique, calibrée avec un standard raccordé à l’étalon international OMS.
Il est acceptable d’utiliser une méthode chronométrique avec les réactifs Pathromtin SL ou SynthASil.
Il est acceptable d’utiliser une méthode chronométrique avec les réactifs Actin, Actin FS et SynthAFax après comparaison avec la méthode chromogénique.
Les experts suggèrent de ne pas utiliser une méthode chronométrique avec les réactifs APTT-SP, STA-PTT Automate ou TriniCLOT APTT HS.
Argumentaire
En 2016, l’étude de Pickering et al. a montré la justesse des résultats obtenus en utilisant 6 trousses chromogéniques différentes sur des plasmas supplémentés à 3 concentrations d’Esperoct (20, 60 et 90 UI/dL). La variabilité inter-essai était < 10 % et le biais < 22,7 % pour tous les réactifs testés lorsque la calibration était faite avec un calibrant raccordé à l’étalon international (WHO 8th) (14). L’étude de Hillarp et al., menée dans deux centres européens, a montré sur des plasmas d’hémophiles sévères supplémentés avec 3 concentrations d’Esperoct (20-60 et 90 UI/dL) que les taux de FVIII:C obtenus par méthode chronométrique, et les réactifs : Actin FS, Pathromtin SL, SynthASil et Actin, étaient proches de la valeur cible (37). L’utilisation de l’Actin FSL respectait nos critères d’acceptabilité seulement pour les valeurs élevées tandis que et le DG Synth n’était validé que pour les valeurs basses. En revanche, les taux de FVIII:C étaient sous-estimés avec le réactif APTT-SP pour toutes les concentrations évaluées. Les méthodes chromogéniques avec les trousses Biophen FVIII, Coamatic FVIII et Coatest SP surestimaient légèrement les taux de FVIII:C mais restaient acceptables.
L’étude de Tiefenbacher et al. a évalué des plasmas supplémentés à 4 concentrations d’Esperoct (3, 20, 60 et 90 UI/dL, comparateur Advate), ainsi que 9 réactifs de TCA pour la méthode chronométriques et 6 trousses chromogéniques (38). Il s’agissait d’une large étude de terrain menée dans 67 laboratoires et 25 pays. Les taux de FVIII:C obtenus étaient en moyenne à 92,5 % de la cible (123 % pour l’Advate) pour 6 des 9 réactifs de TCA (méthode chronométrique) testés. Pour les 6 réactifs chromogéniques, les taux obtenus étaient en moyenne à 129 % de la cible et 127 % pour le comparateur Advate, ce qui montre que le biais n’est pas spécifique du médicament mais de la méthode. Un biais de 30 % était considéré comme acceptable dans cette étude.
Dans l’étude monocentrique de Müller et al., les taux de FVIII:C mesurés par méthode chromogénique (FVIII Chromogenic) étaient dans la cible pour tous les échantillons (80 – 25,3 – 8 et 2,53 UI/dL) (39). Les réactifs Actin FS, Actin FSL et Pathromtin SL ont été évalués et seul le Pathromtin SL permet d’obtenir un biais ≤ à 20 %.
Les taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique dans l’étude de Lancellotti et al., ayant également utilisé des plasmas supplémentés à des concentrations comprises entre 0,6 et 100 UI/dL, ont objectivé des résultats proches des valeurs cibles avec le SynthASil, contrairement au SynthAFax qui sous-estimait les taux de FVIII:C (26). Les résultats obtenus par méthode chromogénique étaient acceptables avec le Coamatic.
Concernant les études réalisées sur les plasmas de patients traités par Esperoct (pathfinder clinical trial), l’équipe de Hegemann et al. a confirmé que le Pathromtin SL, avec une calibration standard, pouvait être utilisé pour la surveillance biologique de ces patients. Aucune différence entre la réalisation d’une calibration spécifique ou d’une calibration standard n’a été observée (40).
L’étude de Møss et al. a évalué deux trousses chromogéniques (Coamatic et Coatest) ainsi que deux réactifs de TCA dans la méthode chronométrique (SynthASil et Actin FS), et comparé les résultats obtenus avec une calibration spécifique ou standard. Elle ne montrait pas de différence entre les méthodes chromogéniques et chronométriques, ni d’impact de la calibration, que ce soit en méthode chronométrique ou chromogénique (41).
Les recommandations internationales (WFH) (32) et anglaises (33) préconisent pour la surveillance des patients traités par Esperoct la méthode chromogénique ou une méthode chronométrique validée localement avec les réactifs de TCA Actin, Actin FS, Pathromtin SL, SynthAFax et DG-APTT Synth +. Selon ces recommandations, les réactifs APTT-SP, STA-PTT Automate, TriniCLOT APTT HS ne doivent pas être utilisés (sous-estimation).
Jivi (damoctocog alfa pegol)
Propositions pour la surveillance biologique d’un patient traité par Jivi (Tableau 4)
Les experts suggèrent d’utiliser une méthode chromogénique, calibrée avec un standard raccordé à l’étalon international OMS.
Il est acceptable d’utiliser une méthode chronométrique (hors APTT-SP et STA-PTT Automate) après comparaison avec la méthode chromogénique.
Il est suggéré de ne pas utiliser une méthode chronométrique avec les réactifs APTT-SP et STA-PTT Automate.
Argumentaire
La première field study a été publiée en 2018 par Church et al. et a comparé en aveugle dans 52 laboratoires les taux de FVIII:C dans des plasmas d’hémophiles surchargés avec 3 concentrations de FVIII-PEG (Jivi) ou un autre FVIII recombinant (Advate) (4,3 – 37 – et 86,5 UI/dL) (42). La justesse des résultats par rapport à la cible a été évaluée sur des critères d’acceptation de 80 % à 125 % sur divers couples réactifs/automates. Les trousses chromogéniques donnaient des résultats acceptables, ainsi que la plupart des réactifs de TCA (Actin FS, Actin FSL, Pathromtin, STA-CK Prest, SynthASil) en méthode chronométrique, exceptés les réactifs le STA-PTT Automate et l’APTT-SP qui entraînaient une sous-estimation importante.
L’étude de Ketteler et al. a montré une surestimation importante des taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique avec le réactif de TCA, acide ellagique Roche, avec un biais de plus de 50 % pour les concentrations basses (plasmas supplémentés à moins de 10 UI/dL) (27). Le réactif Technochrom utilisé pour mesurer les taux de FVIII:C par méthode chromogénique montrait des résultats proches des valeurs cibles excepté pour le plasma surchargé à 1 UI/dL, avec une sous-estimation du taux. Une étude monocentrique de Müller et al., évaluant différents réactifs de TCA et le réactif chromogénique de Siemens, montrait des taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique proches des valeurs cibles sur tout le domaine de mesure et avec tous les réactifs utilisés (Actin FS, Actin FSL et Pathromtin SL) (39). Les taux de FVIII:C mesurés par méthode chromogénique étaient largement sous-estimés, ce qui est discordant par rapport aux études précédemment citées.
L’étude récente de Lancellotti et al., monocentrique, a comparé les résultats obtenus avec deux réactifs de TCA (SynthASil et le SynthAFax) et deux trousses chromogéniques (Coamatic et Chromogenix) avec ceux obtenus par méthode chronométrique en calibration spécifique Jivi/SynthASil (26). Des échantillons supplémentés in vitro en Jivi et des plasmas de patients substitués ont été analysés. Les résultats montraient que seul le test chronométrique avec SynthASil et calibration spécifique permettait de rendre des résultats acceptables, aussi bien sur les échantillons in vitro qu’ex vivo.
Les recommandations anglaises (33) préconisent pour la surveillance des patients traités par Jivi la méthode chromogénique (Coamatic, Siemens) ou une méthode chronométrique avec les réactifs de TCA Actin FSL, Pathromtin SL, SynthASil. Selon ces recommandations, les réactifs APTT-SP, STA-PTT Automate, STA-CK Prest, Actin FS ne doivent pas être utilisés.
Afstyla (ionoctocog alfa)
Propositions pour la surveillance biologique d’un patient traité par Afstyla (Tableau 4)
Les experts suggèrent d’utiliser une méthode chromogénique, calibrée avec un standard raccordé à l’étalon international OMS.
Il est suggéré de ne pas utiliser une méthode chronométrique, ni de facteur de multiplication pour corriger les résultats obtenus.
Argumentaire
Dès 2017, une sous-estimation des taux de FVIII:C mesurés par méthode chronométrique par rapport à la méthode chromogénique a été rapportée et cela quel que soit le réactif utilisé (43). Cette sous-estimation (proche de 50 %) est confirmée par d’autres études monocentriques (13,25,27). Dans le résumé des caractéristiques du produit, il est proposé d’appliquer un facteur de multiplication de 2 si le taux de FVIII:C est mesuré par méthode chronométrique. L’application systématique de ce facteur de correction ne peut-être recommandée car, selon Bowyer A. et al., il existe un risque important de surestimation, notamment pour les taux bas avec certains réactifs tels que l’APTT-SP, le SynthAFax ou l’Actin FS, et une sous-estimation avec d’autres réactifs comme le SynthASil (44). En revanche, les mesures réalisées par méthode chromogénique sont proches des valeurs cibles (9,13,27,43,44).
Altuvoct/Altuviiio (efanesoctocog alfa)
Propositions pour la surveillance biologique d’un patient traité par Altuvoct (Tableau 4)
Les experts suggèrent de ne pas utiliser une méthode chromogénique quel que soit le réactif.
Les experts suggèrent de ne pas utiliser une méthode chronométrique avec l’Actin FS.
Compte tenu de l’absence de résultats acceptables sur l’ensemble du domaine de mesure, les experts alertent sur l’utilisation de la méthode chronométrique avec les réactifs SynthAFax, Pathromtin SL, PTT-A, aPTT-HS, STA-CK Prest, et SynthASil.
Compte tenu de l’absence de données suffisantes, les experts alertent sur l’utilisation de la méthode chronométrique avec les réactifs APTT-SP, Actin, Cephen et STA-Cephascreen.
Les experts suggèrent de ne pas utiliser un facteur de correction.
Lorsqu’un calibrant spécifique sera disponible, les experts recommandent son utilisation lors de tout dosage par méthode chronométrique ou chromogénique.
Argumentaire
Contrairement aux autres rFVIII EHL, l’efanesoctocog alfa (Altuvoct) est titré par méthode chronométrique, avec le réactif Actin FSL. Tous les essais cliniques ont été réalisés en utilisant la méthode chronométrique avec ce réactif.
Il n’existe à ce jour qu’une seule étude publiée ayant évalué les performances de méthodes chronométriques et chromogéniques pour la mesure du FVIII:C dans des échantillons de plasma supplémentés en Altuvoct. Il s’agit d’une field study qui a évalué différents réactifs de TCA et différentes trousses chromogéniques, ainsi que différents couples automates/réactifs (45). Des échantillons de plasmas déficients en FVIII ont été supplémentés avec trois concentrations d’Altuvoct ou d’Advate (5 – 20 et 80 UI/dL). Les auteurs estimaient un résultat acceptable si la différence entre les méthodes était inférieure à 25 %. L’utilisation des trousses chromogéniques n’est pas préconisée car toutes surestiment l’activité quel que soit le taux de FVIII:C. Concernant la méthode chronométrique, les auteurs concluent que les réactifs Actin FSL, SynthAFax, Pathromtin SL, PTT-A, aPTT-HS et STA-CK Prest peuvent être utilisés pour la mesure de l’activité, bien que les taux inférieurs à 20 U/dL soient surestimés. Les auteurs ne se prononcent pas concernant l’APTT-SP, l’Actin, le Cephen et le STA-Cephascreen mais préconisent de diviser par 2,5 l’activité obtenue par méthode chronométrique avec l’Actin FS ou par méthode chromogénique. Cependant, il n’existe à ce jour aucune donnée permettant de définir un facteur de multiplication fixe, celui-ci pouvant en effet varier en fonction des lots de médicaments et de réactifs utilisés. En septembre 2024, l’UK NEQAS et l’ECAT ont proposé aux participants de leurs programmes d’évaluation externe de la qualité de tester des échantillons supplémentés avec 4 concentrations d’Altuvoct (5 – 20 – 50 et 100 UI/dL). Les résultats obtenus confirment ceux de la field study, avec les mêmes critères (+/- 25 %) et les auteurs concluent à une surestimation, quel que soit le taux de FVIII:C lorsque l’Actin FS et les méthodes chromogéniques sont utilisés (46). En revanche, avec le réactif SynthASil, une sous-estimation est observée pour les taux supérieurs à 20 UI/dL. Les réactifs Actin FSL et SynthAFax sont acceptables pour les concentrations de 20, 50 et 100 UI/dL, alors que le Pathromtin SL et le STA-CK Prest ne sont acceptables que pour les valeurs hautes mais tendent à surestimer les taux bas (5 UI/dL). Pour les autres réactifs utilisés, les auteurs ne disposent pas de suffisamment de données pour conclure. L’étude de Nougier et al. a montré que l’utilisation d’un calibrant spécifique Altuvoct dans la méthode chromogénique permet d’obtenir des résultats acceptables, ce dernier peut alors être utilisé, même en présence d’emicizumab (47). L’étude de Buffart et al. a montré également que la calibration spécifique de la méthode chronométrique avec l’Actin donnait des résultats acceptables, alors que les FVIII:C mesurés étaient surestimées avec une calibration standard (48).
Le laboratoire commercialisant l’Altuvoct devrait prochainement proposer un calibrant.
Tableau 4 : Synthèse des recommandations des experts concernant les dosages des facteurs VIII à demi-vie prolongée et ultra-prolongée.
Table 4: Summary of expert recommendations regarding dosing of extended- and ultra-extended half-life factor VIII products.


Facteurs VIII d’origine porcine – Obizur (susoctocog alfa)
Propositions pour la surveillance biologique d’un patient traité par Obizur
Les experts suggèrent de ne pas utiliser les méthodes chromogéniques quelle que soit la trousse utilisée.
Les experts suggèrent d’utiliser une méthode chronométrique avec les réactifs Actin, Actin FS, CK Prest, DG-APTT Synth, Pathromtin SL, SynthASil, TriniCLOT aPTT HS.
Les experts suggèrent de ne pas utiliser la méthode chronométrique avec le réactif SynthAFax.
Argumentaire
Obizur est un FVIII recombinant d’origine porcine (rpFVIII) indiqué dans le traitement des manifestations hémorragiques dans le contexte de l’hémophilie A acquise. Il est important de noter que les données publiées rapportent essentiellement des études à partir de plasmas supplémentés in vitro.
La première publication sur le sujet est celle de Turecek et al. en 2016 (34). Un pool commercial de plasmas de donneurs atteints d’hémophilie A sévère a été surchargé à 5 – 20 et 80 UI/ml d’Obizur et adressé dans 12 pays sur 3 continents. Trente-cinq laboratoires ont réalisé un dosage chronométrique et 11 laboratoires ont réalisé un dosage chromogénique avec la trousse Biophen FVIII (Hyphen BioMed). Les résultats obtenus par méthode chronométrique ont été regroupés en fonction du réactif de TCA utilisé : acide ellagique et polyphénol, silice ou kaolin.
L’ensemble des réactifs a été validé pour le dosage chronométrique de l’Obizur sur l’ensemble du domaine de mesure. En revanche le dosage par méthode chromogénique entraînait une sous-estimation d’environ 50 % quel que soit le taux de FVIII:C.
Ces résultats ont été confirmés dans un exercice de l’UK NEQAS présenté au cours du congrès de l’ISTH 2020 par Lowe et al. où un plasma déficient avait été surchargé avec de l’Obizur et dosé à 52 UI/dL en Actin FS (réactif de référence utilisé pour titrer l’Obizur) (49). Les réactifs de TCA utilisés : SynthASil, Pathromtin SL, Griffols DG APTT Synth, TriniCLOT APTT HS et STA-CK Prest étaient acceptables ; seul le STA-Cephascreen entraînait une surestimation de presque 30 %. à l’inverse la trousse chromogénique Coamatic FVIII entraînait une sous-estimation de presque 60 %.
Par la suite, Novembrino et al. ont étudié 2 réactifs de TCA dans la méthode chronométique (SynthASil et SynthAFax) et une trousse chromogénique (Coamatic FVIII) sur des échantillons de plasma déficient en FVIII surchargés avec de l’Obizur à 5 – 25 – 50 – 100 et 125 UI/dL en utilisant 4 calibrations différentes : calibrant humain ou Obizur dilué en déficient VIII contenant du facteur Willebrand ou pas (50). La première conclusion de ce travail est qu’il est indispensable que le calibrant soit dilué en déficient VIII contenant du facteur Willebrand. Cependant, même dans ces conditions, les résultats avec le SynthAFax étaient très discordants dans les trois laboratoires participants, avec des résultats la plupart du temps non conformes. Concernant le Coamatic FVIII, les résultats n’étaient acceptables qu’avec une calibration spécifique, alors que les résultats du SynthASil étaient acceptables quel que soit le calibrant.
Enfin, l’équipe de Kitchen a étudié la corrélation entre les taux de FVIII:C obtenus par méthode chronométrique avec 7 réactifs de TCA (Actin, Actin FS, Actin FSL, Pathromtin SL, SynthASil, SynthAFax et APTT-SP), et chromogénique avec six trousses différentes (Biophen FVIII, Factor VIII chromogenic assay (Siemens), Technochrom FVIII:C, Coamatic FVIII, ROX FVIII et CRYOcheck FVIII) dans 21 échantillons de 3 patients hémophiles A avant et après perfusion d’Obizur (51). Pour chaque échantillon, les résultats ont été comparés à la médiane. Pour les taux supérieurs à 10 UI/dL, l’Actin, le Pathromtin SL et le SynthASil sont acceptables, tout comme le Biophen FVIII, le Coamatic FVIII, le ROX FVIII et le Cryochek FVIII. à l’inverse, les résultats avec l’Actin FS, l’APTT SP, le SynthAFax et les dosages par méthode chromogénique (Siemens et Technoclone) ne sont pas acceptables. Enfin le manque de données dans cette étude ne permet pas de juger, selon nos critères d’acceptabilité, les réactifs pour le taux < 10 UI/dL ni le réactif Actin FSL sur l’ensemble de la gamme de mesure.
Enfin dans la field study française sur le titrage des inhibiteurs dirigés contre l’Obizur, différents réactifs de TCA ont été utilisés dans la méthode chronométrique (STA-CK Prest, SynthASil, TriniCLOT APTT-SP, Actin FS, SynthAFax, PTTA et Pathromtin SL) ainsi que la trousse chromogénique Siemens pour le dosage initial de la dilution au 1/11 du flacon d’Obizur (52). Tous les réactifs de TCA sauf le SynthAFax permettaient d’obtenir des taux de FVIII:C comparables. Les taux de FVIII:C mesurés avec la trousse chromogénique étaient sous-estimés de 50 % environ.
DOSAGE DU FVIII:C DANS UN CONTEXTE DE THÉRAPIE GÉNIQUE DE L’HÉMOPHILIE A
Des différences en fonction des méthodes de dosage (chronométrique ou chromogénique) ont été décrites pour la mesure du FVIII:C lors de la surveillance biologique de l’expression d’un transgène thérapeutique chez les patients hémophiles A traités par thérapie génique.
Chez les hémophiles A traités par valoctocogene roxaparvovec (Roctavian), le transgène code pour une protéine de FVIII domaine B délété (rFVIII-BDD) (53). Une discordance a été observée lors de la mesure du FVIII:C entre les méthodes chronométriques et chromogéniques. Contrairement à ce qui est observé chez des patients traités par rFVIII-BDD exogène, les mesures d’activité du FVIII endogène chez les patients traités par thérapie génique montrent des résultats de 1,3 à 2 fois supérieurs en méthode chronométrique par rapport à la méthode chromogénique (54).
Ces ratios varient en fonction des réactifs utilisés : 1,29 à 0,88 avec l’Actin FS ; 1,52 à 0,66 avec l’Actin FSL et 0,53 à 2,01 avec le SynthASil (55). Rosen et al. ont démontré que cette discordance était due à une activation du facteur X plus rapide et donc à une génération de thrombine rapidement augmentée dans la méthode chronométrique conduisant à un raccourcissement des temps de coagulation. Néanmoins, dans cette étude, l’activité spécifique (activité [UI]/antigène [mg]) mesurée par méthode chromogénique se rapproche de celle attendue pour un rFVIII-BDD. Ainsi, au cours du développement clinique, la méthode chromogénique a été choisie comme méthode de référence pour la surveillance biologique des taux de FVIII:C et évaluation de l’efficacité hémostatique.
DISCUSSION
Les traitements de l’hémophilie A ont connu une évolution importante avec l’arrivée des concentrés de facteurs de coagulation à demi-vie prolongée et ultra-prolongée, qui a transformé la prise en charge des patients, mais également complexifié leur suivi biologique. Les données présentées dans ce texte soulignent la grande difficulté du choix de la méthode de dosage en fonction des différents médicaments à disposition. Le biologiste doit ainsi faire évoluer les méthodes dans son laboratoire avec une rigueur accrue.
Ces propositions d’experts offrent une synthèse critique et actualisée des méthodes de dosages, en s’appuyant sur une revue exhaustive de la littérature. Nous avons choisi de ne valider les réactifs qu’après une analyse rigoureuse des résultats en recherchant les méthodes dont
les résultats présentaient des écarts par rapport à la cible inférieurs à nos critères d’acceptabilité. En effet, des résultats biologiques trop discordants peuvent conduire à des ajustements posologiques inappropriés avec un risque de sur- ou de sous-traitement, exposant à une surconsommation ou à un risque hémorragique. Dans un contexte où les traitements à demi-vie prolongée ont un coût élevé pour les systèmes de santé, l’optimisation des dosages revêt une importance à la fois médicale et économique.
Nos conclusions présentent cependant certaines limites inhérentes à la nature des études analysées (étude multi- ou monocentrique ; étude in vitro sur plasma supplémenté ou ex vivo sur échantillons de patients traités). Par ailleurs, certains réactifs sont peu ou non représentés dans les études, ce qui rend difficile, voire impossible, la rédaction de propositions exhaustives. Concernant les molécules les plus récentes ou les nouvelles stratégies telles que la thérapie génique, nous ne pouvons pas émettre de propositions car les données sont encore trop préliminaires.
Des études en vie réelle incluant des patients traités sont nécessaires pour confirmer la transposabilité des résultats obtenus in vitro.
L’un des leviers les plus prometteurs pour améliorer la fiabilité des dosages pourrait consister à développer et à généraliser l’utilisation de calibrants spécifiques à chaque molécule de facteur. Comme le montrent les études avec le ReFacto ou l’Altuvoct, l’utilisation d’un calibrant spécifique permet de réduire considérablement les écarts entre les méthodes. Pourtant, ces calibrants n’étant pas disponibles sur le marché des réactifs, leur utilisation ne peut pas encore être recommandée pour la surveillance biologique des patients. Leur déploiement à grande échelle, associé à une standardisation des protocoles de calibration, pourrait constituer une avancée majeure pour harmoniser les pratiques entre les laboratoires. Une collaboration renforcée entre industriels, autorités de régulation et sociétés savantes est donc essentielle pour accélérer leur développement et généraliser leur utilisation.
CONCLUSION
En conclusion, ces recommandations proposent aux biologistes des données concrètes pour optimiser la surveillance biologique des patients hémophiles substitués par du FVIII, cet objectif étant essentiel pour une prise en charge personnalisée de l’hémophilie. Le choix de la méthode de dosage, du réactif et du calibrant est donc très important pour assurer un suivi thérapeutique optimal. Les cliniciens et les biologistes doivent collaborer étroitement pour adapter les protocoles aux spécificités locales et aux évolutions thérapeutiques, tout en anticipant les défis posés par les nouvelles molécules.
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier l’ensemble des membres du groupe BIMHO ayant participé au sondage et à l’élaboration de ces recommandations.
POINTS CLÉS À RETENIR
• La surveillance biologique des patients hémophiles A traités par FVIII nécessite parfois une adaptation des méthodes.
• Il est recommandé de doser les FVIII recombinants à demi-vie prolongée (hors efanesoctocog alfa) par méthode chromogénique.
• Le recours à une calibration spécifique permet dans certains cas de s’affranchir des variabilités de méthodes et/ou de réactifs.
• Les facteurs de correction de résultat ne doivent pas être utilisés.
• Lors d’une comparaison de méthodes, une différence ≤ 20 % par rapport à la valeur cible lorsque le taux de FVII est ≥ 10 UI/dL est considérée comme acceptable tandis que pour des taux < 10 UI/dL le seuil d’acceptabilité est ≤ 30 %.
Liens d’intérêts : Emna HAMMAMI déclare avoir des liens d’intérêts avec Sobi ; Fabienne NEDELEC-GAC déclare avoir des liens d’intérêts avec CSL Behring, Roche Chugai et Sobi ; Claire POUPLARD déclare avoir des liens d’intérêts avec Roche, Sobi et Takeda ; Valérie PROULLE déclare avoir des liens d’intérêts avec Bayer, CSL Behring, Novo Nordisk , Pfizer , Roche , Sobi et Takeda ; Laurent SATTLER déclare avoir des liens d’intérêts avec LFB, Novo Nordisk, Roche et Sobi. Les autres auteurs déclarent ne pas avoir de lien d’intérêt en rapport avec cet article ou n’ont pas communiqué d’information concernant leurs éventuels liens d’intérêts.

