Articles
Editorial
Cher(e)s collègues, Cher(e)s ami(e)s,
Cette année, nous célébrons le centième anniversaire de la première description en 1926 dans la littérature, par un médecin finlandais, le docteur Erik Adolf von Willebrand, d’une affection hémorragique alors méconnue, et qui s’est révélée être la pathologie constitutionnelle de l’hémostase la plus fréquente, la maladie de Willebrand.
C’est pourquoi la Revue Francophone d’Hémostase et Thrombose a décidé, sous l’impulsion de Sophie Susen, et avec le soutien de son comité de rédaction, de vous proposer un …
Avant-propos
La découverte de la maladie de Willebrand : des îles Åland à la compréhension de la maladie
Sophie SUSEN
La maladie de Willebrand (MW) est le trouble de l’hémostase héréditaire le plus fréquent, touchant 1 à 2 % de la population mondiale avec une expression clinique variable. Elle résulte d’un déficit quantitatif ou qualitatif du facteur von Willebrand (VWF), protéine plasmatique multimérique essentielle à l’hémostase primaire en assurant l’adhésion plaquettaire au sous-endothélium lésé, et à la coagulation en transportant et protégeant le facteur VIII (FVIII) de la dégradation protéolytique (1).
Son histoire est celle d’une découverte progressive sur un siècle, marquée par la rigueur clinique d’un médecin finlandais, la curiosité scientifique de biologistes scandinaves, et les avancées successives de la biologie moléculaire. Ce texte retrace les grandes étapes de cette histoire centenaire : des premières descriptions cliniques aux fondements moléculaires, de la découverte du facteur von Willebrand aux thérapies de nouvelle génération (2). …
Dossier Thématique
- épidémiologie
- facteur von Willebrand
- maladie de Willebrand
- prévalence
- sous-diagnostic
La maladie de Willebrand, données actuelles – Épidémiologie de la maladie de Willebrand en 2026 : un siècle après sa découverte, une maladie encore sous-diagnostiquée ?
Mélanie DANIEL
Rev Francoph Hémost Thromb 2026 ; 8 (3) : 149-57
La maladie de Willebrand (MW), décrite il y a un siècle, constitue la maladie hémorragique héréditaire la plus fréquente. Pourtant, sa prévalence réelle demeure difficile à établir : les études populationnelles historiques suggèrent qu’environ 1 % de la population présente des anomalies compatibles avec une MW, tandis que les registres nationaux ne recensent que 5 à 60 patients pour 100 000 habitants selon les pays, et les analyses génomiques récentes de la base gnomAD v4.1 estiment la fréquence des variants pathogènes du gène VWF à environ 1,5 % de la population mondiale. Ces divergences ne traduisent pas des erreurs d’estimation, mais reflètent des définitions différentes de la maladie, du portage génétique aux formes cliniquement significatives nécessitant une prise en charge spécialisée. Cette complexité est amplifiée par la variabilité biologique intrinsèque du VWF, influencé par le groupe sanguin ABO, l’âge, le statut hormonal et l’inflammation, ainsi que par l’évolution des critères diagnostiques qui ont intégré récemment les formes frontières ou « low VWF ». En France, le Centre de référence de la maladie de Willebrand (CRMW) recense 4 435 patients avec une répartition atypique dominée par les formes de type 2, reflet de critères d’inclusion stricts. Les données FranceCoag soulignent par ailleurs qu’environ 29 % des patients n’ont jamais reçu de traitement, illustrant le défaut de prise en charge dans les formes modérées. Le sous-diagnostic constitue aujourd’hui le principal défi épidémiologique de la MW. Les femmes y sont particulièrement confrontées, avec un délai diagnostique significativement plus long que chez les hommes. Dans les années à venir, le défi épidémiologique majeur ne sera pas tant de quantifier plus précisément la prévalence globale de la MW que d’améliorer l’identification des patients présentant une MW cliniquement significative justifiant une prise en charge spécialisée. …
Dossier Thématique
- diagnostic moléculaire
- facteur von Willebrand
- maladie de Willebrand
- séquençage à haut débit
- variants de signification incertaine
La maladie de Willebrand, données actuelles – Génétique de la maladie de Willebrand : des bases moléculaires à la médecine de précision
Antoine RAUCH, Pierre BOISSEAU
Rev Francoph Hémost Thromb 2026 ; 8 (3) : 158-65
La maladie de Willebrand (MW) est la pathologie hémorragique héréditaire la plus fréquente, causée par un déficit quantitatif ou qualitatif du facteur von Willebrand (VWF). L’analyse génétique du gène VWF est complexifiée par sa taille, un nombre élevé de variants de séquence et l’existence d’un pseudogène. Si sa rentabilité diagnostique est excellente pour les types 2 et 3, elle reste limitée pour le type 1, dont le phénotype est influencé par l’âge et des gènes dits modificateurs. Le génotypage représente néanmoins, dans certains cas, une aide utile au diagnostic différentiel, au conseil génétique et à visée pronostique. Le assage au séquençage du génome complet ouvre de nouvelles perspectives, illustrées par le projet PERIGENOMED pour le dépistage néonatal. Toutefois, la problématique des variants de signification incertaine reste entière, nécessitant une expertise accrue pour distinguer les variants bénins des pathogènes.
Mots-clés : maladie de Willebrand, facteur von Willebrand, diagnostic moléculaire, séquençage à haut débit, variants de signification incertaine. …
Dossier Thématique
- facteur de von Willebrand
- maladie de Willebrand
- qualité de vie
- saignements menstruels abondants
La maladie de Willebrand, données actuelles – Maladie de Willebrand : les besoins médicaux non couverts et les nouveaux traitements
Caterina CASARI, Olivier D. CHRISTOPHE
Rev Francoph Hémost Thromb 2026 ; 8 (3) : 166-71
La maladie de Willebrand (MW) est une pathologie hémorragique hétérogène dont le diagnostic et la classification s’avèrent complexes. Elle se caractérise par des manifestations hémorragiques de gravité variable, souvent difficiles à quantifier, ce qui contribue à son sous-diagnostic. Cet article aborde les principaux besoins cliniques non satisfaits ainsi que les nouvelles approches thérapeutiques en cours d’évaluation dans la MW, en mettant en lumière la contribution d’équipes françaises. Les femmes atteintes de MW sont souvent confrontées à des difficultés majeures, notamment un retard diagnostique et une réduction plus marquée de leur qualité de vie comparativement aux hommes. Des efforts sont nécessaires pour améliorer la reconnaissance, la quantification et la caractérisation des manifestations hémorragiques spécifiques aux femmes. À cet égard, la prise en charge des saignements utérins abondants demeure un besoin non satisfait majeur, tout comme le développement des stratégies thérapeutiques facilitant la prophylaxie. Plusieurs approches thérapeutiques novatrices pourraient ouvrir la voie à un traitement plus personnalisé des patients atteints de MW. …
Cas Clinique
- maladie de Willebrand type 2B
- thrombopénie
Quand les plaquettes racontent une autre histoire
Nicolas DRILLAUD, Yohann REPESSÉ
Rev Francoph Hémost Thromb 2026 ; 8 (3) : 173-6
La maladie de Willebrand (MW) de type 2B est une forme rare de MW liée à des variants gain de fonction du domaine A1 du facteur Willebrand (VWF), responsables d’une augmentation de l’affinité du VWF pour la glycoprotéine plaquettaire GPIbα. Elle peut se manifester par une thrombopénie chronique sévère, parfois confondue avec un purpura thrombopénique immunologique (PTI). Nous rapportons le cas d’une femme de 63 ans suivie depuis plusieurs décennies pour une thrombopénie fluctuante associée à des épisodes hémorragiques sévères, initialement diagnostiquée comme PTI. L’histoire clinique comportait des complications hémorragiques majeures. Les traitements conventionnels du PTI (corticostéroïdes, immunoglobulines, transfusions plaquettaires) se sont révélés peu efficaces. L’existence d’antécédents familiaux de thrombopénie et un profil biologique évocateur de MW de type 2B ont conduit à une exploration spécialisée retrouvant une diminution des multimères de haut poids moléculaire du VWF et une hyperfixation du VWF à la rGPIbα. L’analyse génétique a identifié à l’état hétérozygote le variant p.V1316M du gène VWF, confirmant une MW de type 2B thrombopénique. Ce cas illustre les difficultés diagnostiques de cette forme rare de MW, souvent confondue avec un PTI, ainsi que la complexité de sa prise en charge thérapeutique. …
Note du Biologiste
- classification
- diagnostic biologique
- facteur Willebrand
- maladie de Willebrand
Diagnostic biologique de la maladie de Willebrand
Catherine TERNISIEN, Antoine BABUTY
Rev Francoph Hémost Thromb 2026 ; 8 (3) : 177-84
La maladie de Willebrand (MW) résulte d’une anomalie quantitative ou qualitative du facteur Willebrand (VWF), protéine essentielle à l’adhésion plaquettaire et au transport du facteur VIII (FVIII). La MW présente une grande hétérogénéité clinique, biologique et génétique, rendant parfois son diagnostic complexe.
Le diagnostic repose sur une histoire personnelle de saignements cutanéomuqueux depuis l’enfance, des antécédents familiaux évocateurs d’une transmission autosomale, et une exploration biologique spécialisée. Les examens de première intention comprennent le dosage de l’activité du VWF (VWF:Act), de son antigène (VWF:Ag) et du FVIII:C. Il est actuellement recommandé de privilégier les tests automatisés mesurant la liaison du VWF à la GPIb plaquettaire (VWF:GPIbR, VWF:GPIbM) plutôt que le test VWF:RCo pour le diagnostic de la MW. L’analyse des ratios entre ces paramètres permet de distinguer les déficits quantitatifs des déficits qualitatifs. Des tests spécialisés, comprenant l’agglutination plaquettaire induite par la ristocétine (RIPA), l’étude des multimères, l’étude de la capacité de liaison du VWF au FVIII ou au collagène et le dosage du propeptide, sont utilisés pour préciser les sous-types.
La classification actuelle distingue trois grands types de MW. Le type 1 qui correspond à un déficit quantitatif partiel est le plus fréquent. Le type 3 correspond à un déficit total et est le plus rare. Le type 2 correspond à un déficit qualitatif et est subdivisé en sous-types 2A, 2B, 2M et 2N. Il regroupe les anomalies d’interaction du VWF avec les plaquettes, le collagène ou encore le FVIII.
La caractérisation précise des sous-types nécessite souvent l’expertise de centres spécialisés et une confrontation avec les anomalies moléculaires retrouvées. …
Flash Scientifique
- facteur von Willebrand
- hémostase
- thrombose
LE FACTEUR WILLEBRAND ET SES MULTIPLES FONCTIONS
Peter J LENTING, Cécile V DENIS
Rev Francoph Hémost Thromb 2026 ; 8 (3) : 185-90.
La célébration du centenaire de la première description de la maladie de von Willebrand offre une excellente occasion de présenter les progrès scientifiques réalisés concernant les principes fondamentaux de la protéine qui est absente ou dysfonctionnelle dans cette maladie : le facteur von Willebrand (VWF). Alors que des études cliniques ont confirmé que le VWF joue un rôle central en hémostase, des travaux fondamentaux ont permis de mieux comprendre sa structure et ses fonctions. Le mot « fonctions » est utilisé délibérément au pluriel, car nous avons pris conscience que le VWF est bien plus qu’une simple protéine hémostatique. Sa structure, composée de multiples domaines, chacun adapté à une fonction spécifique, permet au VWF de participer à divers processus physiologiques et physiopathologiques. Nous présentons ici un bref résumé de nos connaissances actuelles sur le VWF et ses fonctions dans le cadre de l’hémostase et au-delà …
Actualités scientifiques
La Revue Francophone d’Hémostase et Thrombose vous propose, outre la réception trimestrielle de la revue, des publications online régulières sur la plateforme www.rfht.fr sous la forme :
• d’une veille bibliographique avec les meilleurs articles publiés dans nos spécialités ;
• d’actualités commentées offrant une vision critique d’une sélection d’articles internationaux et leur mise en perspective en pratique clinique.
Vous trouverez ci-après une sélection de ces articles récents, décryptés, analysés et commentés pour vous par Victor-Emmanuel Brett, Julien Demagny et Emna Hammami. …
Zoom sur les Acteurs
Le Centre de Référence de la Maladie de Willebrand (CRMW)
Rev Francoph Hémost Thromb 2026 ; 8 (3) : 199-201
En 1926, Erik von Willebrand décrivait pour la première fois, chez les habitants de l’archipel des Åland, la maladie hémorragique héréditaire qui porte aujourd’hui son nom. Un siècle plus tard, c’est aussi un double anniversaire que nous célébrons : les 20 ans du Centre de Référence de la Maladie de Willebrand (CRMW), labellisé en 2006 à l’occasion du premier Plan National Maladies Rares.
Le CRMW prolongeait alors le réseau INSERM coordonné par le Professeur Dominique Meyer et le Docteur Claudine Mazurier, qui avait permis d’inclure 300 patients entre 1966 et 2003 et d’identifier une centaine de variations de séquence délétères. Initialement co-coordonné par Clamart et Lille (Pr Agnès Veyradier et Pr Jenny Goudemand), le centre a depuis évolué : intégration à la filière de santé maladies rares MHEMO lors du deuxième Plan National Maladies Rares, puis coordination par le Professeur Sophie Susen (CHU de Lille) depuis 2018. Trois sites constitutifs l’accompagnent aujourd’hui : Lariboisière (Pr Agnès Veyradier), Caen (Pr Yohann Repessé) et Nantes (Dr Marc Trossaërt) — autour d’un réseau de 32 centres de ressources et de compétences.
Cent ans après la description clinique initiale, l’évolution du CRMW illustre la transformation d’une maladie hémorragique en un modèle de médecine de précision, où le diagnostic, désormais intégré dans un parcours de soins décrit par des recommandations nationales (protocole national de diagnostic et de soins, PNDS), repose sur une confrontation systématique des données phénotypiques et génotypiques. …
Actualités pharmaceutiques
Nous vous proposons ci-après une sélection synthétique d’annonces marquantes concernant la maladie de Willebrand, parues ces derniers mois. …







